La vie ne vaut pas la peine d’être vécue si on ne la vit pas comme un rêve

Ce matin, j’ai fait un rêve merveilleux et onctueux.

J’évoluais dans une atmosphère réconfortante, renvoyant aux années collège, synonymes pour moi d’insouciance, d’intellectualisme et de solides érections.
Les professeurs que je tenais en haute estime étaient les protagonistes de mon rêve, et au premier chef, ceux de mathématiques et de latin.

J’imagine que leur présence est due au fait que, pour ce qui est du premier, il arrivait à me terroriser mais aussi à me stimuler intellectuellement, et en ce qui concerne la deuxième, elle représentait mon idéal féminin, associant dans un cocktail exquis et sucré, culture encyclopédique, virtuosité du langage, et minois d’exception.

L’environnement du songe était une serre géante qui chapeautait plusieurs salles de classes – où au travers des vitres, il était possible d’apercevoir mes professeurs donnant cours – et bibliothèques universitaires, segmentées par disciplines. Ces différents îlots de savoir étaient entrecroisés de terrains de sport au gazon verdoyant et impeccable, où s’exerçaient des nymphes de banlieues – aussi bien red-neck made in France que beurettes de cités -, dont leur âge semblait indéterminé.

La chaleur, la moiteur étaient dignes d’un pays tropical, excepté au sein des bibliothèques.
Les filles suaient, je sentais le rythme de leur palpitant s’accélérer. Leur souffle court m’excitait, me réchauffait, je n’aurais plus jamais la sensation d’être frigorifié.

Elles avaient à la fois un corps ferme et athlétique, mais un sourire et une expression du visage très juvénile. Difficile fut pour moi, jeune rêveur plus si jeune que ça, d’apprécier leur appartenance au milieu universitaire ou du premier cycle du secondaire.

Les allées et venues de BU en BU étaient très agréables, chaque personne qui croisait mon regard me paraissait digne d’un intérêt réel. La fraîcheur des lieux stimulait ma matière grise, une sensation parcourait mes membres, celle que l’on ressent lorsque que l’on est proche d’une découverte, de la résolution d’un problème a priori insoluble.

Est-ce une projection inverse de l’environnement dans lequel je suis actuel plongé?
Probablement.

Il est usuel et trivial de dire que quand la réalité quotidienne nous déplaît, nous nous réfugions dans la virtualité.
Ayant arrêté les jeux vidéos depuis une dizaine d’année, mon organisme essaierait de me replonger dans un cadre plaisant et maîtrisé, ceci afin d’échapper à la morne vie du jeune adulte en phase de pré-embourgeoisement?

Contrairement aux leviers de jouissance dont abusent les contemporains de ma génération (Y) pour s’évader de la routine laborieuse et stressante, tels que l’alcool, la drogue ou l’Asie du Sud-Est (Hello KaoSan), ceux présent dans mon rêve sont significativement différents.

Aparté : A l’exception du sexe, qui bien sûr, me rapproche de ces gens là. Ne pas être émoustillé dans un songe agréable n’a rien d’agréable, je pense que nous sommes d’accord là dessus. Et pour ce qui est de l’alcool, étant moi même grand buveur, je n’ai rien contre, cela dit, de fête en fête, je remarque que je ne me rapproche pas plus que ça du bonheur à proprement parler.

La douceur du savoir, le respect de la parole émise par le sachant, le silence de la bibliothèque, sont une vraiment source de bonheur et grandissent l’individu.
C’est ce va-et-vient entre érudition et sexualité qui fait une vie bonne.

Petit retour dans le réel malgré tout : mon prof’ de maths m’informe que le ciné-club qu’il anime va fermer, restrictions budgétaires oblige. Ma prof de latin, que la sortie à Herculanum est reportée sine die , pour les mêmes raisons.

Cher président, merci de me laisser rêver en toute tranquillité, la rigueur budgétaire et le nouveau monde peuvent attendre la sonnerie du réveil matin non?

On se rapproche doucement mais surement de la fin du songe.

Quoi de plus plaisant, si ce n’est de prendre doucement en levrette, une documentaliste transpirant l’existentialisme – aux grands yeux verts, le derme laiteux, la crinière vermillon, qui prépare une thèse en sciences politiques -, entre le rayon de philosophie continentale et celui de statistiques exploratoires?

Honnêtement, je vous le demande.

NB: Mes plus plates excuses pour ce titre de billet des plus niais et pour cette référence pathétique à un James Bond « Le monde ne suffit pas ». En espérant que le contenu n’est pas à l’image du contenant, comme on dit.

Publicités

Abandon de poste

Aujourd’hui, je me suis rendu compte de quelque chose de crucial.
Le discours dominant sur le monde du travail est le suivant :
« Jeunes, allez le plus loin possible dans vos études, meilleure sera votre situation. »
Aujourd’hui, le doute m’habite (sans mauvais jeu de mots).
Je me demande si le sentiment évoqué dans la suite du billet est partagé par un grand nombre de jeunes ayant fini leurs études et commencé leur vie professionnelle d’aspirant cadre dans le secteur tertiaire, tout me porte à croire que je ne suis pas très éloigné du sentiment général éprouvé par ma classe d’âge.
Comme la majorité des étudiants, j’ai eu à travailler en parallèle de mes études. Non que mes parents manquait de revenus pour nous entretenir ma soeur et moi même, mais parce que j’aspirais à quitter le cocon familial. Il est vrai, j’aurais pu mendier des ressources financières à mes vieux afin de subsister un minimum, mais j’ai fait le choix de m’aliéner par le travail, chaque week-end de l’année et vacances universitaires que Dieu fait.
Donc, comme nombre d’étudiants salariés, l’idéal d’indépendance, passant par l’autonomie financière vis à vis de ses géniteurs m’importait beaucoup.
J’ai pour ce faire, travaillé dans une entreprise de restauration, en tant que manutentionnaire dans un premier temps, puis comme employé de restauration par la suite.
De par cette expérience, j’ai côtoyé deux publics – voire, trois, à vous d’apprécier – qu’un fossé social sépare, mais que l’entreprise rapproche.

Comme l’a si bien dit un hiérarque socialiste déchu et ancien premier ministre :

« Oui, j’aime l’entreprise »

. Pourquoi? Car cette coexistence, relativement pacifique, donne un rythme, apprend « la vie » à l’étudiant plutôt gâté par la société et d’un autre côté, permet au jeune prolétariat originaire de zones ghettoïsées d’échanger sur des sujets autres que la dernière coupe de cheveux de Griezmann et du flow de JUL.
Un turn-over très fort règne dans ses entreprises embauchant de la main d’oeuvre à bas coût – qui est certes un phénomène néfaste à toute forme d’action collective – fait que l’on croise des gens de tous horizons, y compris des gosses de hauts cadres venant bosser un mois l’été, histoire d’avoir une premières ligne sur le CV.
C’est une opportunité, il faut bien l’avouer, pour la drague. Une concentration de jeunes ayant peu ou prou le même âge est un facteur aggravant en ce qui concerne la production de rapports sexuels.
Contrairement aux salles de classes, une solidarité se jouent entre employés, interdépendants les uns des autres afin de faire tourner chaque point de vente, de production ou de stockage. Il en résulte des échanges prosaiques, une entraide naturelle, un exercice physique, qui sont autant d’éléments proprices aux rapprochement des personnes.

Le travail abrutissant en devient agréable :

  • Découverte du monde du travail et de ses jeux d’acteurs (domination, management, syndicalisme, discrimination)
  • Présence de jeunes filles/jeunes garçons (héhé)
  • Charge mentale proche de zéro, une fois la journée de travail effectuée, on passe à autre chose

Tant de choses que l’on fini par regretter au sortir des études, une fois notre place faite dans les bureaux des administrations et services communication, informatique, RH, compta et tutti quanti des entreprises. Vous évoluez dans un cadre de travail inadapté, effectuez des tâches sans lien avec vos études, restez cloitrés dans votre open space et les rares collègues de travail de votre âge ne parlent que de football et de crédit immobilier sont à gerber.

Comme quoi, un management agressif, une rémunération minable, des cadences infernales couplée à des collègues solidaires et intéressants constitue, en dernière instance un cadre de travail nettement plus agréable qu’un emploi de bureau d’aspirant ou d’attaché cadre (ou l’on est jeté dans un marigot de macronistes ou lepénistes qui s’ignorent).

Mon ressenti n’a pas vocation à devenir vérité universelle, certes, mais en bon petit-bourgeois, je n’en pense pas moins.

Aujourd’hui, nous nous rapprochons bien davantage de l’abandon de poste que de la grève, hélas.

Vers un front national transalpin?

La digue Berlusconi séparant les populistes de droite de la Liga de leurs homologues de l’autre rive – avec quelques grosses nuances brunes – du Mouvement 5 étoiles (M5S) est tombée hier, en ce jour de fête de l’Ascension.
Cette union pourrait dessiner un nouveau bloc politique de forme semblable
à un mouvement qui aurait pu voir le voir le jour au tout début des années 1990 en France.

Berlusconi ou l’éternel retour

À cette même période, Il Cavaliere a largement bénéficié de l’effondrement du système politique italien suite aux conséquences de l’opération Mains Propres. La « république des juges », dans un contexte de corruption massive des élus transalpins, a dissout les deux partis de gouvernement de l’époque, à savoir : la Démocratie Chrétienne (DC) et le Parti Socialiste Italien (PSI). Berlusconi a aussi amplement surfé sur la peur du retour des « rouges », le fond de cuve communiste étant peu ou prou le seul mouvement sorti blanchi de l’opération de nettoyage de la vie politique italienne.(1).
Bien avant « En Marche » de notre cher président de la République, Silvio Berlusconi a été le tout premier à fonder un « parti-entreprise »,Forza Italia, présentant sur ces listes des entrepreneurs, des membres de chambres consulaires, des représentants de syndicats patronaux et autres self-made-men.

Quatorze ans plus tard, le président du Milan AC est toujours présenté comme le rempart face aux extrémistes de tout poil – en dépit de son alliance avec les réactionnaires de la Lega et de Fratelli d’Italia, allez savoir pourquoi… -, sauf que cette fois, celui-ci a échoué. N’est pas Macron qui veut.

Le contrat de gouvernement entre le M5S et la Lega est l’occasion de revenir sur un moment passablement oublié de notre histoire politique, à l’exception d’un documentaire(2) et d’un recueil d’articles du sulfureux journal L’Idiot International(3).

Le projet « national-communiste » français des 90’s

À la fin des années 1980, suite à l’effondrement du mur de Berlin, le Parti Communiste Français(PCF), comme l’ensemble des partis communistes d’Europe et en nette perte de vitesse. Pourtant, les effets des politiques économiques néolibérales menées par les gouvernements français depuis le tournant de la rigueur de 1983 mettent en ébullition la population, un vent de contestation commence à souffler. Cependant, ce n’est pas les partis de la « gauche de gauche » – pour citer Bourdieu – qui récoltent les fruits électoraux de ce mécontentement mais bien l’abstention et le frontisme en plein essor. Le PCF n’attire notamment plus les jeunes électeurs et donc un vivier de militants potentiels, hormis lors de bien rares occasions telles que la Fête de l’Huma. Cette structure vieilli à vue d’œil, les organisations altermondialistes, ONG de défense de l’environnement et chapelles d’extrême gauche ayant davantage le vent en poupe au sein de la jeunesse (Attac, GreenPeace, dans une moindre mesure la Ligue Communiste Révolutionnaire).

Pour une frange de la direction du PCF, emmenée par Pierre Zarka, cette baisse de popularité s’explique – mise à la part la chute en cours du bloc soviétique – par une carence en personnalités charismatiques au sein de l’organisation, un manque de « rebelles », d’un porte-parole contestataire susceptible d’attirer les foules en froid avec la politique de l’establishment élyséen. Le but moins affiché est aussi de ramener les électeurs qui se sont égarés à voter pour le Front National. Hallier étant proche de la famille Le Pen – notamment par son état-civil, natif de Bretagne tout comme le clan – et de pamphlétaires réactionnaires (au premier chef, Alain de Benoist), il est en mesure de faire se rencontrer et dialoguer un nombre conséquent de stratèges du camp souverainiste de droite avec des cadres du parti.

La tendance réformatrice du PCF, quant à elle, prépare la mue social-démocrate du PCF en prenant modèle sur celle du Parti Communiste Italien. L’objectif est de transformer le parti en mouvement qui aurait vocation à s’allier avec le Parti Socialiste afin d’ancrer ce dernier à gauche de l’échiquier politique. Ce courant, majoritaire, est incarné par le futur secrétaire général et maire de Montigny-les-Cormeilles, Robert Hue.
Pour contrer cette très probable transformation – Robert Hue étant le favori du secrétaire général en poste -, la tendance populiste est allée chercher Jean-Edern Hallier. Personnage haut en couleur, abonné de ce que l’on n’appelait pas encore le « buzz » télévisuel et radiophonique, Hallier est le rédacteur en chef d’un journal au langage fleuri et anti-système habillé de caricatures mordantes. Ce journal, c’est l’Idiot International. Il a connu son jour de gloire et ses plus gros tirages lors de la première guerre du Golfe, avec des titres accrocheurs – les mauvaises langues diront racoleurs – tels que « La ratonnade américaine ».
Au sein de la rédaction du journal se côtoient des ovnis, des fachos, des gauchos, des arrivistes, en bref, un joyeux melting-pot : Taddeï, Houellebecq, JP Cruse, Collard,de Negroni, Soral, Limonov, Beigbeder, Sollers, Murray et bien d’autres.
Afin de décerner un brevet de communiste à Hallier, Zarka arrange une série d’entretiens entre le rédacteur en chef de l’Idiot et du lider maximo, Fidel Castro. Le verbatim de ces interview a ensuite fait l’objet d’une biographie largement hagiographique du révolutionnaire cubain. Edern-Hallier a par la suite fait la promotion de son oeuvre sur nombre de plateaux télé, l’opinion était mûre pour son entrée en scène aux côtés du PCF.

Le principal point d’achoppement en ce qui concerne le projet de rapprochement entre communistes et souverainistes de gauche, de droite et d’extrême-droite a été la communication faite autour du projet qualifié de « national-communiste ».
L’article de Jean Paul Cruse « Vers un Front National » souffre de nombreuses ambiguïtés et de propos malheureux. Le Front National des origines – auquel ne fait pas suffisamment référence l’auteur – , distinct du parti lepéniste était un groupe qui fut très actif sous la Résistance, regroupant, entre autres, communistes et nationalistes. Le Front National a joué par ailleurs un rôle majeur dans la libération de la France lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Cet article a constitué l’acte de décès de la tentative « rouge-brune » de transformation du PCF.De plus, très peu de temps après la publication, deux écrivains proches de la mouvance antiraciste ont enfoncé le clou avec la rédaction d’une tribune placée en une du Canard Enchaîné(4).

L’échec de la prise de contrôle du parti par Zarka et ses camarades s’est soldée par l’élection de Robert Hue à la tête du PCF, avec les conséquences que l’on sait : dissolution de la parole communiste dans la Gauche Plurielle de Lionel Jospin en échange de maroquins ministériels, débâcle électorale ininterrompue jusqu’à la participation au Front de Gauche au début des années 2010.

Étrange parcours d’un Robert Hue, populiste dans les années 1980, alertant sur les conséquences d’une mauvaise prise en charge des populations immigrées dans les communes de région parisiennes délaissées par les pouvoirs publics, moderniste sous Jospin et macroniste en 2017.
Devinez à qui feu Georges Marchais apporte son soutien dans cette allocution publique:

Élections générales italiennes de 2018 et fermeture de la parenthèse berlusconienne

Bref, revenons à nos moutons de l’autre côté de Alpes.
Le contrat de gouvernement entre di Maio et Salvini montre qu’une convergence est possible entre un mouvement social-populiste et un parti tout aussi populiste mais dont les thèmes de prédilections sont la lutte contre l’immigration et la fiscalité. La Lega d’aujourd’hui n’est rien d’autre que le Front national reaganien du début des années 90.

C’est bien là que réside le danger. En France, l’objectif de la tendance Zarka du PCF était de « plumer la volaille frontiste » et de constituer un front du refus avec l’arrivée de personnalités et cadres nationalistes. Le FN commençait à peine sa mue « sociale-républicaine » et à faire sien un discours de gauche sur le plan social (hausse du salaire minimum, défense de l’industrie française face à la concurrence étrangère). Ce scénario qui avait pour risque d’amputer la base électorale du PCF.

La Lega a subi une mutation accélérée sous l’égide de son nouveau leader Matteo Salvini. Passé de parti régionaliste et xénophobe, la Ligue du Nord, fondée par Umberto Bossi, elle est devenue Ligue, pour s’ouvrir à l’électorat conservateur du Sud. Rien ne permet d’affirmer que ce parti ne mutera pas une nouvelle fois au contact de son alliance avec le M5S, et d’adopter un discours social sur le plan économique mais toujours réactionnaire au niveau sociétal.

Dans la constitution d’un Front National en résistance face aux puissances extérieures, militaires aussi bien qu’économiques, le plus important n’est pas de connaître quelle forme prendra finalement cet attelage, mais qui en sera le capitaine. Hélas, contrairement à l’expérience de la Résistance et au projet « rouge-brun » avorté des années 1990, l’initiative ne vient pas d’un mouvement de « gauche ». Le M5S, de par ses relations avec CasaPound – mouvement semblable au Bloc Identitaire en France – ne pouvant être accolé à cette étiquette.(5) Facteur aggravant : Cette alliance ne se fait pas dans les coulisses des partis politiques, mais à la vue de tous. Difficile dans ce contexte de « lancer l’alerte » afin de faire capoter l’expérience, rien n’est caché, tout est assumé et dispose, de surcroît, de l’aval du Président de la République.

(1)Berlusconi, pouvoir et décadence. Toute l’Histoire.
(2) L’Idiot International, journal politiquement incorrect. Réalisateur :Bertrand Delais.
(3) L’Idiot International, une anthologie. Auteur: Denis Gombert, Editeur: Albin Michel.
(4)National-bolchévisme pour un front anti-système?, octobre 1993, Mariette Besnard, Didier Daeninckx.
(5)Second tour des municipales-Ostie 2017,RFI, 20/11/2017

L’aubaine et la honte

Encore un billet sur mon établissement, pardonnez-moi cet idée fixe.

Lundi dernier, à ma grande surprise, l’intégralité de ce que j’appelle communément les « pseudos managers » ont fait grève conjointement à leurs subordonnés.

Par la suite, j’ai appris qu’ils s’étaient révoltés pour une cause bien peu collective et socialiste. Une des leurs s’étant vue refuser une promotion, c’est par « solidarité » envers leur collègue de travail qu’ils ont pris cette décision. Je n’aurais certainement pas relevé cet évènement si cette grève du personnel encadrant n’avait pas été concomitante à l’agenda d’un mouvement social plus vaste, de plus grande ampleur, visant, entre autres choses, à la sauvegarde d’un service public. On peut donc, sans mauvaise foi aucune, considérer que ce groupe a saisi une aubaine pour protester « à pas cher ». Il peut certes s’avère légitime de débrailler pour cette raison, mais bien c’est bien dégueulasse quand on profite d’un mouvement qui dépasse la défense des petits intérêts, même pas catégoriels, mais personnels.

Le plus ridicule est que la personne qui a bénéficié de ce geste de « solidarité » a délibérément menti aux apprentis qu’elle supervise. Elle les a incité à poser congé, prétextant qu’elle ne pourrait les encadrer ce jour, son fils subissant une opération chirurgicale…

Enfin, après la farce, le dégoût. Les opérateurs ont finalement eu vent du vrai motif de grève des membres de la « maîtrise » , il va sans dire dire que ces derniers n’ont certainement pas du marquer par leur présence sur les pavés, chose qui a logiquement porté à interrogation.

Bref, bonjour l’ambiance.

Extension du domaine de l’ennui dans un cadre professionnel

Comme évoqué dans mon précédent billet, je vais parler aujourd’hui de mon activité professionnelle et de mon « chaleureux » environnement de travail.

Je suis alternant dans une grande entreprise nationale et je m’ennuie profondément. Les agents de maîtrise qui composent mon service sont des beaufs et des beaufettes à gourmette finis, doublés de xénophobes patentés.

C’est une espèce à vomir, petit chef, petit blanc et surtout : gros con. Une analyse sociologique rapide de cet échantillon – je l’espère non-représentatif de la population des travailleurs de la société – nous apporte les enseignements suivants :

  • Ils habitent majoritairement le périurbain, vous savez, les petits villages situés en lisière de la grande ville. Chacun à son jardin, son chien, sa voiture allemande ou italienne à crédit, un barbecue. Ils disposent d’une cuisine ultramoderne, d’un téléviseur dont la longueur de la diagonale est inversement proportionnelle à celle de leurs cerveau et d’enfants retardés par une consommation excessive de TPMP. En parlant de gosses, ces derniers ne pensent que tuning, JUL, Snapchat et poufs en Stan Smith.
  • Ils ne gagnent pas excessivement bien leur vie – en général leur revenu oscille entre 1500 et 2000 – ce qui les autorisent à prendre pour des enfants du peuple. Néanmoins, ils ont bien souvent hérité d’un patrimoine substantiel : une maison héritée de la mamie décédée à Roquevaire, les sicav de tonton René etc. Le fait d’être légèrement au-dessus du seuil fixé pour être allocataire de prestations sociales distille dans leur for intérieur la sensation d’être les vaches à lait de l’Etat-Providence. A cela s’ajoute le supposé matraquage fiscal, alors que « ces gens là » habitent bien souvent des communes où le montant de la taxe d’habitation est ridiculement petit. Pourquoi? Un peu d’économie territoriale : les impôts locaux sont sensiblement plus élevés dans les grandes villes du fait des tout aussi grands besoins financiers nécessaires à la construction et l’entretien d’infrastructures à dimension métropolitaine. Ex: Réseau de transports conséquent, parcs, gymnases, piscines. Vous suivez? Donc, en règle générale, plus on habite dans une ville de petite taille et moins les besoins en ressources fiscales se font sentir, et notamment via la taxe foncière/d’habitation.
  • Ils ont fuit la ville-centre de l’agglomération pour contourner la mixité des populations. De fait, mais certes, inconsciemment, de par leur exode, ils ont favorisé la création de ghettos ethniques et sociaux. Pourquoi ethniques? Car si ces « beaufs tendance les Marseillais à Miami » ont déserté les grandes villes, c’est non pas pour ne pas se mélanger au « prolo », au « clodo » – pour faire simple – mais bien pour esquiver « l’arabe ». Ce dernier deviendra, à la faveur de la crise économique et sociale, « le musulman », à qui nombre de médias ont accolé aux personnes originaires du Maghreb, la figure du terroriste islamiste.
  • Ils font partie des derniers bataillons de grévistes – les moins déterminés certes, tendance FO à la sauce corporatiste -, défendent sans ciller leurs intérêts économiques ainsi que leur situation, acquise en grande partie de haute lutte par leurs prédécesseurs. Mais « ces gens là » n’y verront que le fruits de leurs menus efforts, en bons individualistes, néanmoins autant attachés à leur entreprise qu’à leur pavillon.
  • Ils ont certainement longtemps voté pour la gauche – pour le PCF chez certains – mais ont viré casaque à droite dans leur majorité en mai 2007. « Qu’il était charismatique Nicolas Sarkozy, ne trouvez-vous pas? ». A ce stade, rien d’étonnant à les entendre parler de mosquéïsation de la ville et à geindre d’autres salamalecs à longueur de journée. Ils sont maintenant au FN, sans grande surprise, me diriez-vous. Ils gardent tout un même un petit vernis social, ont le souci du service public – enfin, pour les blancs -, sont favorables à la taxation des plus aisés – enfin, quand ils pensent vraiment que ça ne va pas affecter leur fiche d’imposition – , ce qui constitue leur bonne conscience de « gauche » sans doute.

Pour conclure ce billet, si quelque chose trouble davantage mon quotidien que ces ruminants frontistes, c’est bien le fait que les jeunes – j’ai moins de 30 piges, donc je ne suis pas un vieux con hein ! – qui intègrent régulièrement l’entreprise tiennent le même discours que leurs confrères plus agés. Et ce qui m’attriste encore plus, c’est qu’ils sont nés là-dedans, ont une conversation encore moins intéressante,  sont nettement plus réac’s alors qu’ils n’ont rien connu. Seuls objectifs: gagner un max de thunes « fraté », partir en vacances à L.A et s’acheter une voiture de sport.

NB : Cette thématique me tient particulièrement à cœur et m’exaspère tout autant, j’y reviendrai largement dans les billets à venir.

Lassitude

Histoire de bien commencer en tant que blogueur, je vais d’abord râler.

Alors voilà, depuis bien quatre ou cinq ans, je m’emmerde profondément. Pour un individu qui n’en est qu’à sa vingt-cinquième année d’existence, c’est tout de même bien triste non?

Je ne suis pas grand psychanalyste, mais ce sentiment de lassitude provient en premier lieu d’un manque de libido. Ou bien l’ennui impacterait ma libido? La frontière est mince entre excitation sexuelle et excitation tout court. C’est un problème de société bien connu, mais c’est d’abord le mien.

Voici quelques symptômes :

Je voyage de moins en moins, et dans un rayon qui rétrécie d’année en année. Mes rares escapades – ne dépassant plus la longueur d’un week-end, de trois jours avec chance – me sont douloureuses. Pourquoi donc? J’ai de plus en plus de mal à m’amuser, je suis toujours blasé, craintif, fermé où que j’aille. Je n’arrive pas à prendre d’initiatives, à bouger sans les autres. En gros, je ne suis qu’un suiveur, voire un imitateur.

Autre facteur aggravant :  le manque de courage face à l’inconnu. Je n’ai hélas jamais quitté ma ville pour étudier, alors que la majorité des jeunes gens de mon origine sociale sont parti faire leur études dans des villes dynamiques et festives (Toulouse, Lyon, Grenoble), on fait un Erasmus ou une année de mobilité en Nouvelle-Zélande/Australie. Même topo concernant ma capacité à m’exporter pour trouver un job, elle est quasi-nulle : pas de stage hors de mon agglomération d’origine, j’ai toujours travaillé à 15 min de mon domicile, pas d’emploi décroché aussi bien à Paris qu’en Guyane.

Vous l’avez donc compris, le maître-mot de notre civilisation libérale, la mobilité, n’est vraiment pas « ma came » comme on dit. D’autant plus, qu’à cela, il faut ajouter le fait que je ne dispose pas du fameux permis B. Ce qui, pour beaucoup, ce traduit par un coup porté à ma virilité et ma condition d’homme moderne.

Incapable de mettre un sujet de discussion à l’ordre du jour et de l’animer avec ténacité, combativité. Ma parole s’épuise avec les secondes, s’envole, se perd, ne percute pas dans l’esprit de mes interlocuteurs. J’ai parfois des problèmes d’élocution. Néanmoins, j’excelle dans ma façon d’adapter mon discours et ma posture en fonction de la personne que j’ai en face de moi. Le double discours est mon outil favori – dans un environnement professionnel ou universitaire j’entends – : dire ce qui est nécessaire pour avoir la paix et ne pas faire de vagues, même si dans mon for intérieur je pense diamétralement le contraire. Macroniste de façade en milieu professionnel, gauchiste bon teint en cercle restreint. Vous savez, dans l’isoloir personne ne vous entendra crier à la Révolution. Mon « n+1 » peut se rassurer, je ne le pendrais pas haut et court, sans parler de déchirer sa chemise façon DRH de Air France.

Dans l’isoloir, dans son esprit, devant sa famille et ses proches amis, il toujours bon de tomber le masque afin de ne pas oublier qui l’on est. On peut rapidement se transformer en con standard corporate à force de se prendre au jeu, et gare à la schizophrénie.

Pour conclure ce premier billet par du croustillant – enfin plutôt par du flasque -, ma copine se laissant fortement aller depuis plusieurs mois, et ce, aussi bien sur le plan physique qu’intellectuel et culturel, tout désir pour elle s’est estompé. Alors, comme dirait Lénine, que faire? Passer les quarante prochaines années de ma vie à m’ennuyer en sa compagnie? La quitter dans l’espérance de trouver une fille plus appétissante et studieuse? Si nous considérons mon état global, nous savons bien que la deuxième proposition se traduirait par un retour au célibat de longue durée. Par ailleurs, je ne suis pas assez méchant pour causer cette déchirure qu’est une séparation. Il faudrait que je divulgue mes raisons, à savoir qu’elle a trop grossis et que son smartphone la lobotomise. Dire la vérité, où l’écrire, fait toujours passer un homme pour un connard fini.

Solaar, dans un de ses récents tubes, exprime bien ce mal être – qui est pourtant sensé toucher les individus masculins plus tardivement dans leur existence – et le ridicule des solutions préconisées par la société :

« Alors quoi? Tu veux que je fasse du jogging? Que je fasse du lifting? Que je me mette de l’anti-rides à la graisse porcine? »

Si par le plus grand et heureux des hasards, vous êtes tombé sur ces quelques lignes de lassitude et de nostalgie tellement houellebecquiennes, je vous prie de m’excuser de vous avoir fait perdre votre temps – et sans doute votre moral -, bref, bonne continuation dans votre combat quotidien.

Je parlerai de mon activité en entreprise dans le prochain billet, youhou.